Judiciaire-Traite des êtres humains-L'auditorat du travail est descendu au « Conrad » pour entendre 17 "servantes”

Publié le par Fouad Lahssaini

La Libre Belgique, 02/07/2008, page 6


Esclaves chez les princesses - Une famille des Emirats Arabes Unis les aurait quasi séquestrées.

Tout s'est joué vendredi : l'auditorat de Bruxelles a reçu ce jour-là la déposition de deux femmes, précédemment entendues par la police, disant avoir été exploitées et quasi séquestrées par une richissime famille princière des Emirats Arabes Unis qui loue à l'année un étage du très luxueux hôtel Conrad (Bruxelles).

Il fut ainsi rapidement décidé qu'une opération de contrôle serait menée dès mardi matin dans le cadre de ce qui paraissait être un dossier de traite des êtres humains, puisque 17 personnes, servantes, domestiques, cuisiniers, etc., étaient en fait concernées.

On a ainsi appris mardi que, si la famille en cause a pleinement collaboré, le soupçon d'une exploitation économique est vif. Privées de leur passeport, très peu payées (on parle de 500 €/mois) et forcées à travailler presque sans repos, selon les deux femmes qui s'étaient échappées (d'autres ayant été reprises par des gardes de ladite famille lors d'une tentative d'"évasion”), ces demi-esclaves ont été interpellées mardi matin en vue d'une audition complète.

Défunt émir

En fonction de leurs déclarations, ces personnes pourraient d'ailleurs se voir accorder un statut de victime de traite des êtres humains, indiquait le même jour l'auditorat du travail.

Selon le député Ecolo Fouad Lahssaini, l'employeur serait la veuve d'un défunt émir, ses quatre filles – des princesses – et leur suite. Et, selon le même député, qui était entré en contact avec l'une des victimes, ce personnel exploité vient d'horizons variés : Philippines, Maroc, Inde, Egypte, Turquie, Irak et Syrie ! L'ambassadeur des Emirats Arabes Unis, dit-il encore, était présent mardi à l'hôtel Conrad pendant l'opération.

Bref, aucun suspect ne devait être mis à disposition des autorités judiciaires dans le courant de la journée de mardi, expliquait l'auditorat, car la priorité était accordée aux auditions des victimes – avec traduction… Elles devraient bien sûr peser sur la suite que la justice donnera à ce dossier.

Mais il risque d'y avoir d'autres suites. C'est en tout cas ce que redoute l'une des évadées (et plaignantes). Elle a en effet indiqué avoir "très peur. Même en rentrant au Maroc, j'aurais peur car ils savent que c'est moi”. Des gens puissants… Ce qui explique que l'auditorat ait accordé le statut de victime avec accompagnement à l'intéressée, pour avoir subi la traite des êtres humains.

 

R.P.



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