Il faut sauver la prison musée de Tongres - Le Soir 24.06.08

Publié le par Fouad Lahssaini

Carte blanche co-signée par Fouad Lahssani

 

Faute de subsides, la prison musée de Tongres fermera ses portes en novembre prochain. En lieu et place, les ministres de la Justice et de l’Intérieur prévoient une éventuelle réaffectation de cette prison en vue d’y accueillir près de 35 jeunes délinquants.

Ce choix illustre une politique sans perspectives vis-à-vis de la (jeune) délinquance en Belgique.

Nous demandons que la prison musée de Tongres soit conservée et développée en tant qu’outil d’un réel projet pédagogique de prévention.

C’est la seule prison ouverte au public et qui a accueilli jusqu’à présent près de 200.000 visiteurs. Chaque cellule y est aménagée pour représenter une émotion : le temps qui passe, la frustration, la (l’in)justice. De nombreuses classes et associations ont pu y découvrir les différentes cellules, les douches, la promenade ou la surveillance et comprendre à quoi peut ressembler une vie en prison.

Des ex-détenus y organisent des visites guidées pour des jeunes en difficulté. Avec des résultats remarquables. Une visite à la prison de Tongres vaut bien plus que tous les discours moralisateurs que l’on peut tenir à des jeunes. Ils sont confrontés à la réalité carcérale qui les séduit bien moins que les récits de fiction ou de copains qui « crânent » au sortir d’une expérience d’enfermement.

Si les outils de sensibilisation disparaissent, le nombre de lits nécessaires pour les jeunes délinquants sera toujours insuffisant. Ce n’est pas en remplaçant la prison musée de Tongres par un centre pour jeunes délinquants qu’on désengorgera les prisons pour adultes de demain.

Le cri d’alarme des éducateurs pour multiplier les projets éducatifs et les postes d’éducateurs pour suivre les jeunes en difficulté pendant plusieurs années n’est pas entendu. Or, leur demande est aussi pressante mais bien plus pertinente que la demande de nouvelles prisons. Le 1er mars 2007, la population carcérale belge était de 10.008 détenus pour 8.559 places (612 d’entre eux purgent leur peine sous forme de surveillance électronique). En 10 ans, la population carcérale a augmenté de 32,6 %. 35 % de la population carcérale est en préventive (Justice en chiffres, 2007). Tant qu’il n’y aura pas eu un débat de société, incluant tous les acteurs concernés (éducateurs, médecins, psychologues, travailleurs sociaux, parents, ainsi que le monde syndical, policier, judiciaire et pénitentiaire), sur le phénomène de l’explosion carcérale, sur les vraies solutions et sur l’application rapide de conclusions pratiques, une extension du parc pénitentiaire n’offrira pas une solution durable au problème du surpeuplement des prisons.

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